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RN 154 : la longue marche des oubliés d'Allonnes et Prunay

Publié le 12 décembre 2008 - 00:49

Les élus lancent le 18 décembre une marche de protestation qui ne devrait pas passer inaperçue sur cette route à grande circulation. Un coup de gueule pour rappeler que la déviation prévue est toujours... dans les cartons.


À Allonnes et Prunay-le-Gillon, ces deux villages coupés par la RN 154 au sud de Chartres, la coupe et pleine. Las de voir sans cesse repoussé le projet de déviation qui permettrait chaque jour à quelque 12.000 à 13.000 véhicules de contourner les villages, les élus des deux communes ont décidé de frapper fort. Ils lancent le 18 décembre une marche de protestation qui devrait permettre de mesurer à quel point une deux-voies est un peu juste pour absorber les interminables cohortes de camions qui circulent entre Orléans et Rouen.

25 morts en dix ans
Ce jour-là, élus, habitants, rejoints par des associations qui voient d'un mauvais oeil la RN 154 transformée en autoroute (lire ci-contre) emprunteront à pied la nationale, d'Allonnes au rond-point de Boisville-la-Saint-Père puis de Boisville à Allonnes. Symboles de l'insécurité qu'ils dénoncent sur cette deux-voies qui traverse les villages, des croix de bois noires qu'ils planteront sur le rond-point de Boisville. Vingt-cinq très exactement. « Autant que de morts ces dix dernières années entre Allonnes et Prunay-le-Gillon, sur un tronçon qui fait à peine plus de huit kilomètres et demi », s'indigne Claude Gallet, maire d'Allonnes depuis vingt ans, et autant d'années à espérer sortir des tiroirs un projet d'aménagement qui semble voué à y demeurer enterré.

Car l'aménagement de la 154, c'est un peu « l'Arlésienne », s'indigne le maire qui ne perd pas de vue le contrat de plan État-région dans lequel figurent en bonne place déviation et mise à deux fois deux voies de cette portion de nationale, en attendant un hypothétique aménagement de tout le tracé sud jusqu'à Orléans.

« On nous mène en bateau »
21 millions d'euros... qui tardent. « Aujourd'hui, les plans sont terminés, mais voilà que le ministère demande à les voir. L'appel d'offres, prévu en juillet dernier, n'est toujours pas lancé, à ce que je sache », constate l'élu qui a le sentiment d'être « mené en bateau ».

La goutte d'eau, c'est une lettre des Domaines, fin novembre, aux agriculteurs concernés par les terrains compris dans le projet. « On vient de leur dire qu'ils pourraient cultiver encore deux ans. Nous voilà maintenant à l'échéance de 2011 », s'indigne Claude Gallet qui craint d'ici là les effets de l'ouverture de l'A 19, d'Artenay à Courtenay, prévue en 2009. « Ça nous amènera 4.000 véhicules de plus chaque jour », estime Claude Gallet pour qui les habitants d'Allonnes et Prunay-le-Gillon semblent les grands oubliés des pouvoirs publics.
« En Normandie, la RN 154 est passée à quatre voies, gratuite. Aujourd'hui, on entend qu'on débloque 10 milliards pour des investissements publics, et trois projets d'autoroute, à Bordeaux, en Normandie et à Strasbourg sont aussitôt ressortis des cartons. Apparemment, il y a des politiques qui sont vite montés au créneau », s'indigne-t-il, l'oeil rivé sur les files de camion qui rasent les murs du village. « L'instituteur ne veut plus emmener les enfants à la salle des fêtes où ils peuvent faire sport ou activités : il ne veut plus leur faire traverser la RN 154 ! » Le message des habitants du canton, le 18 décembre, visera d'abord à mettre l'accent sur cette urgence en matière de sécurité routière, illustrée par ces croix noires qu'ils porteront, à pied, sur la RN 154. Le « chemin de croix » des oubliés d'Allonnes et Prunay-le-Gillon.
Le rassemblement pour la manifestation est prévu le 18 décembre à 13 heures, place Jean-Moulin à Allonnes.




Le spectre de l'autoroute 154
Le dossier de la concession autoroutière de la RN 154 plane sur la contestation. Et de fait, le collectif des environs de Chartres, Jouons collectif contre l'autoroute 154, qui vient de se créer, se joint à la manifestation. Si les habitants d'Allonnes et Prunay, prudents, ne veulent pas rentrer dans ce débat, ils n'en craignent pas moins les dommages collatéraux que pourrait créer la polémique sur le projet. « Si c'est comme le débat sur l'aéroport... » , ironise ainsi Claude Gallet qui ne voudrait pas que « sa » déviation ne soit repoussée du même coup, elle aussi, aux calendes grecques. De là à craindre, aussi, qu'apparaisse la tentation de laisser à un éventuel concessionnaire autoroutier le soin d'aménager la portion Allonnes-Prunay, il n'y a qu'un pas... que l'élu d'Allonnes franchit sans reculer.

« À titre personnel, je ne suis pas pour une concession autoroutière. Le projet d'aménagement tel qu'il est fait actuellement prévoit de nombreuses sorties qui permettront de gagner les coopératives, les entreprises locales. Cela ne pourra pas être le cas avec une autoroute. Du coup, une partie des utilisateurs continueraient de prendre l'actuelle voie, et donc de traverser les villages », estime-t-il, rejoignant ainsi les positions de nombreux opposants au projet, notamment dans la région drouaise.

Celle-ci avait été la première à se mobiliser, dénonçant une solution qui contraindrait, faute d'accès ou par souci d'économiser le péage, nombre de véhicules à emprunter des voies mal sécurisées. Sur la portion au nord de Chartres, c'est ainsi l'ancienne RN 154, guère plus large qu'une départementale, qui est prévue pour servir d'itinéraire de substitution. Les associations drouaises ont récemment été rejointes par un collectif en région chartraine. La RN 154, épine dorsale de la fronde ?

La Rep  12 décembre 08
Tag(s) : #revue de presse

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